Horizon 2030 : vieillissement important de la population en grande couronne
Auteurs : Kévin de Biasi, Insee Ile-de-France et Philippe Louchart, IAU Ile-de-France
Résumé
La croissance de la population des départements franciliens à l’horizon 2030 serait tout d’abord due à leur excédent naturel, puis à l’excédent migratoire avec l’étranger. Elle serait limitée par les échanges avec le reste de la France. Le vieillissement et la croissance de la population seraient inégaux entre départements. Essentiellement localisé en grande couronne, le vieillissement s’accompagne d’une baisse plus importante de la taille moyenne des ménages.
Sommaire
- Introduction
- La croissance parisienne assurée par les échanges migratoires avec l'étranger
- Le centre d'agglomération résisterait mieux au vieillissement
- Diminution de la taille moyenne des ménages en grande couronne
- 1,1 million de ménages supplémentaires dans le scénario volontariste, logés à 57 % en grande couronne
- La population de l'Essonne et de la Seine-Saint-Denis en forte croissance dans le scénario volontariste
Publication
Si les tendances démographiques récentes se maintenaient, la population de chacun des huit départements franciliens augmenterait à l’horizon 2030 (
Graphique 1)
(
Méthodologie). Les croissances démographiques de la petite et de la grande couronne s’effectueraient à des rythmes comparables (respectivement 0,44 % et 0,47 % par an en moyenne). En revanche, le nombre de Parisiens augmenterait moins vite selon ce scénario tendanciel (+ 0,11 % par an).
Graphique 1 - La croissance de la population est la plus forte en Seine-et-Marne et la plus faible à Paris
Source : Insee, Omphale 2010
Pour chaque département francilien, comme pour la région, l’augmentation de la population s’expliquerait par l’excédent des naissances sur les décès et par l’excédent migratoire avec l’étranger. Les croissances des départements de petite et grande couronne seraient dues majoritairement à leur solde naturel
(
Tableau 1). La participation du solde naturel pour Paris, et contrairement aux autres départements franciliens, ne compenserait pas le déficit migratoire avec le reste de la France (+ 366 000 contre - 602 000 de 2007 à 2030). En effet, la capitale a de loin la plus faible fécondité d’Ile-de-France (1,6 enfant par femme contre 2,0 pour l’ensemble de la région).
Paris capterait 34 % des arrivées nettes de l’étranger, la petite couronne 38 % et la grande couronne 28 %. Si la région n’avait aucun échange avec l’étranger, la population de Seine-Saint-Denis et surtout de Paris diminuerait (
Définitions).
Tableau 1 - Les départements franciliens doivent la croissance de leur population à leur excédent naturel
Avec 2 500 arrivées nettes de moins chaque année en provenance de l’étranger, la population parisienne serait en 2030 au même niveau qu’en 2007.
Les huit départements franciliens sont en revanche déficitaires dans leurs échanges migratoires avec le reste de la France. Un scénario sans ces migrations internes conduirait à des populations plus importantes pour chacun des départements. Le taux d’accroissement annuel moyen de la Seine-Saint-Denis passerait notamment de + 0,37 % à + 1,20 %. La Seine-et-Marne serait beaucoup moins touchée : sa croissance passerait de 0,71 % par an à 0,86 %. Elle est en effet le département dont la croissance est la moins freinée par ses échanges migratoires : son solde migratoire total serait même excédentaire jusqu’en 2015.
Le vieillissement modéré de la région Ile-de-France serait plus fort en grande couronne (
Graphique 2). Le rapport entre les inactifs potentiels (moins de 20 ans et 60 ans ou plus) et les actifs potentiels (20-60 ans) de la grande couronne passerait de 0,79 à 0,98. Ce ratio passerait de 0,71 à 0,84 à Paris et en petite couronne. En 2030, les Yvelines compteraient plus d’inactifs potentiels (moins de 20 ans et 60 ans ou plus) que d’actifs potentiels (20-60 ans). Grâce au jeu des migrations, Paris ne resterait pas le département francilien ayant la plus grande part de seniors. En effet, 24 % des Yvelinois auraient 60 ans ou plus en 2030, contre 17 % en 2007. La Seine-Saint-Denis serait particulièrement peu touchée par le vieillissement. En 2030, ses habitants auraient en moyenne 37,2 ans contre 39,3 ans pour l’ensemble des Franciliens. Ce vieillissement ralenti tient à une fécondité élevée (2,4 enfants par femme contre 2,0 pour l’ensemble de la région) et à des arrivants particulièrement jeunes en provenance de Paris, de la Seine-et-Marne et de l’étranger.
Graphique 2 - Le vieillissement serait plus important en grande couronne
Source : Insee, Omphale 2010
Hors Seine-Saint-Denis, la proportion de personnes âgées de 60 ans ou plus oscillerait entre 22 % et 24 % en 2030 selon le département. Actuellement, ces disparités entre départements sont plus fortes : 15 % à 19 % en 2007. La croissance de la population serait avant tout celle des personnes âgées de 65 ans ou plus. Les trois quarts du 1,1 million de Franciliens supplémentaires que compterait la région capitale à l’horizon 2030 seraient âgés de 65 ans ou plus. Cette proportion avoisinerait 90 % dans les Yvelines et le Val-d’Oise contre 50 % dans les Hauts-de-Seine et 55 % en Seine-et-Marne.
En parallèle du scénario de projection démographique, un scénario tendanciel d’évolution du nombre de logements a été mis en oeuvre. Il consiste à prolonger, dans chaque département, les tendances récentes en termes d’évolution du nombre de logements (construction de logements et renouvellement). Le scénario immobilier tendanciel conduirait à l’horizon 2030 à une augmentation du nombre de logements de moins de 1 % à Paris, de 12 % en petite couronne et de 18 % en grande couronne. C’est à Paris que la croissance du nombre deménages serait la plus faible (+ 2 %) et en Seine-et-Marne la plus forte (+ 29 %). Les deux scénarios tendanciels, l’un sur le plan immobilier, l’autre sur le plan démographique, conduiraient à une taille moyenne des ménages des départements de grande couronne qui diminuerait fortement pour se rapprocher de celle du Val-de-Marne aujourd’hui (
Graphique 3). Elle passerait ainsi de 2,6 à 2,4 personnes par ménage. Elle évoluerait moins à Paris et en Seine-Saint-Denis où elle atteindrait respectivement en 2030 la valeur la plus basse et la plus haute de la région.
Graphique 3 - La taille moyenne des ménages diminuerait plus fortement en grande couronne
Sources : Omphale 2010, Simulateur immobilier IAU îdF
La baisse inégale de la taille des ménages s’explique par le vieillissement lui aussi inégal de la population. Les ménages les plus âgés sont en effet plus petits. Pour les huit départements franciliens, la croissance du nombre de ménages serait majoritairement due aux seniors. Ce serait même exclusivement le cas à Paris.
Si la structure par âge de la population restait celle de 2007, la croissance du nombre de ménages en grande couronne ne serait que de 15 % contre 21 % selon le scénario tendanciel.
Une autre hypothèse en termes de projections du nombre de logements consiste, non pas à reproduire les tendances passées, mais à mesurer les effets démographiques d’une politique de logement plus volontariste.
La loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris a inscrit, dans son article 1, l’objectif ambitieux de construire 70 000 logements neufs par an en Ile-de-France qui a depuis été décliné par département.
La production annuelle de 70 000 logements neufs aurait tout d’abord un impact qualitatif fort sur les conditions de logement des Franciliens (
La notion de point-mort : construire pour assurer le maintien de la population). Sur ces 70 000 logements, environ la moitié servirait à mieux loger les Franciliens tandis que l’autre moitié permettrait d’accueillir les populations nouvelles. Cette production accrue de logements neufs irait en effet de pair avec un renouvellement plus rapide du parc de logements ancien, vétuste ou inadapté, notamment en petite couronne. Ses trois départements accueillent en effet la moitié de la construction neuve supplémentaire envisagée dans le scénario volontariste. Le renouvellement y progresserait de 75 %.
Ensuite, le net ralentissement de la baisse de la taille moyenne des ménages serait enrayé. Les situations de cohabitation forcées se réduiraient et l’évolution des modes de vie des Franciliens suivrait alors la tendance nationale de sorte que la baisse de la taille moyenne des ménages serait plus prononcée : 2,16 personnes par ménage en 2030 (contre 2,24 dans le scénario tendanciel et 2,33 en 2007). Tous les départements seraient concernés, Paris et les Hauts-de-Seine un peu moins que les autres. La taille moyenne des ménages y est déjà la plus faible d’Ile-de-France (respectivement 1,88 et 2,22 en 2007) en raison de la spécificité de leur parc de logements : ils offrent à eux deux 57 % des studios et deux-pièces de la région.
Globalement, dans ce scénario volontariste, parmi les 1,1 million de ménages supplémentaires par rapport à 2007 à l’échelle de la région, 57 % seraient accueillis en grande couronne et 42 % en petite couronne (contre respectivement 59 % et 38 % dans le scénario tendanciel) (Tableau 2).
Tableau 2 - Entre 1,1 et 1,5 million de Franciliens supplémentaires à l'horizon 2030
L’Essonne et la Seine-Saint-Denis sont les deux départements dont le parc de logements augmenterait le plus suite à cette construction neuve accrue (15 % de plus que dans le scénario tendanciel à l’horizon 2013). Ce sont donc aussi ceux dont la population progresserait le plus par rapport au scénario tendanciel. L’Essonne compterait 1,44 million d’habitants en 2030, la Seine-Saint-Denis 1,75 million, soit environ 120 000 personnes de plus qu’avec les hypothèses du scénario tendanciel. En revanche, la construction neuve à Paris variant peu entre les deux scénarios, sa population diminuerait sensiblement sous l’effet d’une production accrue de logements à sa périphérie. Cette dernière permettrait à des ménages parisiens à l’étroit dans leur logement de poursuivre leur parcours résidentiel au-delà du périphérique, entraînant une légère baisse de la taille moyenne des ménages parisiens et de la population.


