Changer d'entreprise et de secteur : une passerelle vers l'emploi qualifié pour les jeunes

Publié le par AIPI 93

 

Changer d'entreprise et de secteur : une passerelle vers l'emploi qualifié pour les jeunes

Auteurs : Sandrine Bouffin et Nathalie James, Insee Ile-de-France
              Alexandra Garabige, GIP-Carif

Résumé

Les jeunes rencontrent des difficultés d’insertion sur le marché du travail rendant leur parcours professionnel chaotique. En Ile-de-France, 200 000 jeunes salariés de 15 à 29 ans occupaient un premier emploi significatif en 2005, dont un tiers un emploi non qualifié. Ces derniers ont des conditions d’emploi et des trajectoires professionnelles plus précaires que leurs homologues en emploi qualifié. Néanmoins, 31 % d’entre eux accèdent en 2008 à un emploi qualifié grâce, notamment, à un changement d’entreprise et de secteur d’activité.

Sommaire

Publication

Introduction

Les jeunes constituent une population particulièrement vulnérable sur le marché du travail. De plus en plus diplômés, les salariés de 15 à 29 ans sont pourtant un tiers, en Ile-de-France, à occuper un emploi non qualifié. Cette situation, plus marquée encore à l’échelle nationale, peut apparaître comme une étape quasi obligée de leur insertion professionnelle. Dans une période où l’emploi des jeunes constitue une préoccupation majeure des politiques publiques (Le contrat de professionnalisation au coeur des politiques d’emploi publiques des jeunes), se pose la question de savoir si l’emploi non qualifié constitue un passage vers un emploi qualifié ou s’il correspond à une situation durable.

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La situation des jeunes de 15 à 29 ans : une réalité complexe

En Ile-de-France, en 2007, 1 200 000 jeunes de 15 à 29 ans suivent des études 
(FigureGraphique 1)
. Parmi eux, un quart exerce un emploi et 5 % en recherchent un. Les jeunes Franciliens qui cumulent des études et une activité professionnelle sont proportionnellement plus nombreux qu’au niveau national. Cela peut s’expliquer en partie par un coût de la vie élevé dans la région et par un nombre d’emplois offerts plus important qu’ailleurs.

 

Graphique - Un quart des jeunes en études travaille

Graphique : Un quart des jeunes en études travaille

Source : Insee, recensement de la population 2007

 

Par ailleurs, près de 1 300 000 jeunes Franciliens ont quitté le système scolaire, mais cette situation n’est pas nécessairement définitive. En effet, un jeune peut reprendre un cursus d’études inachevé ou commencer un apprentissage quelques mois, voire quelques années après la fin de ses études, pour faciliter son accès au marché du travail. En Ile-de-France, en 2007, ces retours en formation au cours des trois premières années de la vie active concernent plus particulièrement les jeunes non diplômés, les titulaires d’un CAP-BEP tertiaire, les bacheliers généraux, technologiques ou professionnels tertiaires. Ainsi, la sortie de formation initiale est difficilement identifiable en raison de parcours de moins en moins linéaires et du développement de situations combinant formation et emploi. Parmi les jeunes ayant quitté le système scolaire, 78 % occupent un emploi, majoritairement salarié (96 %).

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Des conditions d'emploi et des trajectoires professionnelles précaires pour les jeunes en emploi non qualifié

En 2005, sept jeunes salariés de 15 à 29 ans sur dix, soit un million, occupent ou ont occupé un premier emploi significatif dans le secteur privé ou semi-public. Pour 20 % d’entre eux, il a débuté en 2005 (FigureTableau 1). Ce premier emploi significatif ne correspond pas nécessairement à une insertion professionnelle durable. Certains jeunes peuvent avoir occupé des emplois occasionnels (jobs étudiants, emplois saisonniers), des emplois à l’étranger, des emplois dans le secteur public ou en tant que salariés des particuliers employeurs ou encore des emplois non salariés (Définitions et sources).

 

Tableau 1 - Sept jeunes salariés sur dix ont occupé ou occupent un premier emploi significatif

 

En Ile-de-France, en 2005, 32 % des jeunes salariés ayant occupé un premier emploi significatif dans l’année ont commencé par un emploi non qualifié. Majoritairement employés (65 %), ils exerçaient principalement leur activité dans le secteur des services aux particuliers de l’hôtellerie et de la restauration, dans celui du commerce de détail et de la réparation et, dans une moindre mesure, dans les services aux entreprises et l’intérim. Pour les jeunes salariés en emploi qualifié, la catégorie socioprofessionnelle la plus représentée était également celle des employés (31 %), seulement 21 % étaient cadres. Ils travaillaient majoritairement dans les services aux entreprises et dans l’action sociale et l’administration 
(FigureTableau 2)
.

 

Tableau 2 - En 2005, 22 % des jeunes en emploi non qualifié travaillaient dans l'hôtellerie et la restauration

 

Quelle que soit la qualification de l’emploi, les hommes sont majoritaires. Néanmoins, le profil des jeunes en emploi non qualifié diffère de celui des jeunes en emploi qualifié. Moins âgés en moyenne (22 ans contre 24 ans pour ceux en emploi qualifié), les jeunes en emploi non qualifié sont également moins diplômés. En effet, un sur trois ne possède pas de diplôme ou est peu diplômé (certificat d’études primaires ou BEPC, brevet d’études du premier cycle) contre un sur dix pour les jeunes en emploi qualifié. Ces derniers sont majoritairement titulaires d’un diplôme égal ou supérieur à un Bac+2 (56 %). Ainsi, passer par un emploi non qualifié en début de carrière est d’autant plus probable que le niveau de diplôme est bas. Cependant, les situations de déclassement ne sont pas rares : la moitié des jeunes diplômés en emploi non qualifié est titulaire d’un BEP-CAP ou du Bac et 16 % d’un diplôme égal ou supérieur à Bac+2.

La situation des jeunes de 15 à 29 ans en emploi non qualifié est également marquée par une précarité forte. En 2005, les jeunes salariés ayant débuté un premier emploi non qualifié dans l’année ont un salaire horaire net de 7,6 euros contre 10,1 pour leurs homologues en emploi qualifié. C’est en Ile-de-France que la différence de salaire entre jeune en emploi qualifié et non qualifié est la plus significative. De plus, la moitié travaille à temps partiel contre un quart chez les jeunes en emploi qualifié. Ils sont davantage en contrat d’intérim. Cette précarité professionnelle se poursuit pendant les trois premières années de leur insertion sur le marché du travail. En effet, si la durée de leur premier emploi est proche de celle des jeunes en emploi qualifié (15 mois contre 16), ils ont plus de difficultés à trouver ou à conserver un emploi stable sur le long terme. Seuls 36 % des jeunes en emploi non qualifié ont un « parcours professionnel stable » entre 2005 et 2008, contre 60 % pour les jeunes en emploi qualifié (FigureTableau 3) 
Méthodologie des trajectoires professionnelles des jeunes de 2005 à 2008). Ils occupent pendant les trois premières années de leur vie active des postes à durée relativement longue et à temps complet.

 

Tableau 3 - 36 % des jeunes en emploi non qualifié ont un parcours stable

 

Ils sont 28 % à suivre un « parcours incertain », contre seulement 19 % des jeunes en emploi qualifié. Ce parcours débuté en emploi court ou en contrat d’intérim se termine, pour la plupart, par une sortie du secteur privé ou semi-public. Ils peuvent reprendre des études, entrer dans le secteur public ou se retrouver au chômage. Les parcours « stable » et « incertain » sont les plus fréquents. Mais les jeunes en emploi non qualifié peuvent également avoir « un parcours vers le temps partiel durable » ou connaître une « réorientation après un début à temps partiel » et, très rarement, des « parcours jalonnés de missions d’intérim ».

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Trois ans après un premier emploi non qualifié, des évolutions professionnelles diversifiées

La mobilité professionnelle revêt différents aspects. Elle peut se traduire par un changement de poste, de secteur, d’établissement ou d’entreprise, de métier ou de qualification de l’emploi. La mobilité, qu’elle soit interne ou externe, n’est pas toujours un choix du salarié. Elle peut être également subie. Trois ans après leur premier emploi non qualifié, 31 % des jeunes salariés sont en emploi qualifié et 32 % restent en emploi non qualifié. Les autres, soit 37 %, ont quitté le secteur privé ou semi-public en 2008, soit 10 points de plus que les jeunes en emploi qualifié. Ils peuvent alors être, notamment, au chômage ou en emploi dans le secteur public. Ces sorties concernent davantage les femmes que les hommes (38 % contre 35 %). Ce sont, pour plus de la moitié des employés des services directs aux particuliers ou de commerce qui travaillaient, en 2005, dans l’hôtellerie et la restauration ou le commerce de détail et la réparation.

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Trois jeunes en emploi non qualifié sur dix ont une mobilité ascendante

Après un premier emploi non qualifié en 2005, 31 % des jeunes accèdent trois ans plus tard à un emploi qualifié, les hommes dans une proportion plus importante que les femmes (33 % contre 29 %). Cette mobilité professionnelle peut révéler plusieurs réalités. En raison de difficultés pour s’insérer sur le marché du travail, des jeunes diplômés sont contraints de débuter par un emploi non qualifié et sont, par conséquent, en situation de déclassement. Ils accèdent, suite à une mobilité professionnelle, à un emploi en adéquation avec leur niveau de formation. Le passage d’un emploi non qualifié à un emploi qualifié peut également correspondre à une réelle progression dans la carrière. Cette promotion peut faire suite à l’acquisition d’expériences et au développement de compétences professionnelles. Cette mobilité ascendante est légèrement plus fréquente en Ile-de-France que dans l’ensemble du territoire. Cela peut s’expliquer par une offre plus importante d’emplois qualifiés dans la région et un niveau de formation des jeunes plus élevé qu’ailleurs. Cela n’empêche pas une mobilité descendante, certes moins fréquente, en Ile-de-France : 7 % des jeunes salariés en premier emploi qualifié en 2005 occupent trois ans plus tard un emploi non qualifié, autant les hommes que les femmes, soit 2 points de moins qu’au niveau national.

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Le changement d'entreprise favorise la progression professionnelle

La mobilité ascendante semble largement favorisée en Ile-de-France par le changement d’entreprise et de secteur. En effet, parmi les jeunes ayant accédé à un emploi qualifié en 2008 après avoir occupé un emploi non qualifié, neuf sur dix ont changé au moins une fois d’entreprise (75 % de deux à trois fois) et six sur dix de secteur d’activité (FigureTableau 4). Six sur dix cumulent changements de secteur et d’entreprise. Cette mobilité est particulièrement fréquente chez les jeunes qui travaillent dans les secteurs du commerce de détail et de la réparation et dans celui de l’hôtellerie ou de la restauration, secteurs les plus représentés parmi les emplois non qualifiés en 2005. Le secteur vers lequel ils s’orientent le plus pour accéder à un emploi qualifié en 2008 est celui des services aux entreprises (18 %) puis des services aux particuliers dans l’hôtellerie et la restauration (13 %).

 

Tableau 4 - Neuf jeunes sur dix ayant progressé professionnellement ont changé d'entreprise

 

L’accession à l’emploi qualifié peut également s’effectuer au sein d’une même entreprise (avec ou sans changement d’établissement). Cette situation est peu fréquente : elle concerne 13 % des jeunes qui connaissent une mobilité ascendante. Selon le Céreq, la mobilité interne concerne surtout les jeunes les plus diplômés, tandis que la mobilité externe touche davantage les débutants sans qualification.

Enfin, le changement de région est peu fréquent : seulement 9 % des jeunes en premier emploi non qualifié en 2005 et qui occupent un emploi qualifié trois ans plus tard ont quitté la région parisienne.

 

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Trois jeunes sur dix se stabilisent dans un emploi non qualifié

L’absence de mobilité professionnelle concerne 32 % des jeunes en premier emploi non qualifié, autant les hommes que les femmes. Ces jeunes changent moins fréquemment de secteur d’activité que ceux accédant à un emploi qualifié en 2008 : 37 % contre 64 %. En 2005 comme en 2008, ils sont plus présents dans le commerce de détail et de la réparation. La moitié de ces jeunes occupe, en 2005 des postes d’employés de commerce ou des services directs aux particuliers. Par ailleurs, un sur dix exerce en 2008 un emploi non qualifié en tant que stagiaire ou apprenti. Ce statut, qui traduit des situations de reprise d’études ou de formation professionnelle, peut révéler une phase de réorientation ou de transition dans leur parcours professionnel.

 

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