Immobilier : la flambée des prix menace de vider Paris de ses enfants

Publié le par AIPI 93

Immobilier : la flambée des prix menace de vider Paris de ses enfants



Par Myriam Chauvot | LES ECHOS
 


Désormais, les accédants à la propriété dans la capitale sont pour plus des deux tiers des célibataires et des couples sans enfants, selon les estimations de l'Adil 75.

Immobilier : la flambée des prix menace de vider Paris de ses enfants

Yaura t-il encore des enfants à Paris dans vingt ans ? La flambée des prix de l'immobilier parisien a été telle que les accédants à la propriété dans la capitale sont désormais, pour plus des deux tiers (69 %), des célibataires et des couples sans enfants, selon les estimations de l'agence départementale d'information sur le logement (Adil 75). Ce sont particulièrement les couples sans enfants qui montent en puissance : ils sont passés de 13 % des acquéreurs de logement recensés par l'Adil en 2001 à 19 % l'an dernier, tandis que les célibataires restent sur la même tendance : depuis dix ans, ils représentent la moitié des acheteurs. Les couples avec 2 enfants ou plus, eux, ne forment plus que 10 % des acheteurs dans la capitale, contre 16 % en 2001.

L'évolution du profil des accédants à la propriété reflète celle du prix des appartements. Il a été multiplié par 2,8 (soit + 175 %) en dix ans, contre une hausse de 139 % sur l'ensemble de la France. Le prix moyen est ainsi passé de 3.000 euros le mètre carré en 2001 à 8.388 euros au 4 e trimestre 2011. A titre de comparaison, fin 2011 le prix moyen était de 3.739 euros le mètre carré à Nice et 3.150 euros à Lyon.

Le 6 e arrondissement parisien est le plus cher, à 13.100 euros le mètre carré. Evidemment, il n'est pas indispensable de vivre dans les quartiers les plus huppés. Mais les candidats à l'accession n'ont plus l'option de cibler des quartiers moins chers, dans le nord-est de Paris, car le prix y a encore plus flambé qu'ailleurs dans la capitale et plus rapidement, au point d'y rendre l'immobilier inabordable à de nombreux ménages des classes moyennes. Dans les arrondissements populaires de l'Est (10 e, 18 e, 19 e et 20 e), le prix moyen a plus que triplé. Aujourd'hui, l'arrondissement le moins cher de la capitale, le 19 e, a un prix moyen de 6.580 euros le mètre carré. En parallèle, depuis dix ans, les quartiers traditionnellement les plus chers (6 e, 7 e et 16 e) ont connu les hausses de prix les plus faibles.

Ceci ne signifie pas que les écarts se sont resserrés entre arrondissements. En fait, « l'écart de prix est de plus en plus important, relève l'Adil 75. En 2001, 3.300 euros séparaient le prix moyen de l'arrondissement le moins cher (19e) du prix moyen du plus cher (6e), en 2011 l'écart est de 6.520 euros. »

Le renchérissement des prix des quartiers les plus populaires est aussi dû au fait que c'est là qu'on a le plus construit. Sur les 7.800 logements neufs mis en vente sur le marché libre à Paris en dix ans, 60 % se situaient dans le Nord-Est (11 e, 18 e, 19 e et 20 e). Par comparaison, les dix arrondissements centraux n'ont accueilli que 660 logements neufs. Et le neuf ne contribue pas autant qu'il le devrait à l'accession à la propriété. A cet égard, le Scellier fait des ravages. L'Atelier parisien d'urbanisme estime, après enquête auprès des promoteurs, que 44 % des logements construits entre 2006 et 2009 ont été vendus à des fins d'investissement locatif.

Les candidats à l'achat d'un logement à Paris, s'ils ont de moins en moins d'enfants, ont en revanche de plus en plus d'argent. L'an dernier, ceux ayant consulté l'Adil pour leur projet avaient un revenu moyen de 3.260 euros mensuels contre 2.530 euros à l'échelle de la France. Leur revenu a augmenté de 46 % en dix ans à Paris contre + 20 % en France. L'écart de revenu entre un Parisien et un Français moyen n'a jamais été plus fort : il est passé de 6 % en 2001 à 29 % l'an dernier.

MYRIAM CHAUVOT
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