De 680 000 à 1,1 million de ménages franciliens en plus à l'horizon 2030

Publié le par AIPI 93

De 680 000 à 1,1 million de ménages franciliens en plus à l'horizon 2030

Auteurs : Kévin de Biasi, Insee Ile-de-France et Philippe Louchart, IAU Ile-de-France

Résumé

A l’horizon 2030, la croissance de la population francilienne serait modérée. Elle serait limitée par un déficit migratoire avec le reste de la France. L’Ile-de-France resterait la région ayant la plus grande part d’habitants en âge de travailler. La région pourrait accueillir 14 % de ménages supplémentaires si les tendances en termes de construction et de renouvellement du parc immobilier se prolongeaient. Dans un scénario volontariste (70 000 logements neufs en moyenne annuelle à partir de 2010), l’Ile-de-France accueillerait 1,5 million de personnes supplémentaires contre 1,1 dans le scénario tendanciel.

Sommaire

Publication

Introduction

Au 1er janvier 2007, l’Ile-de- France compte 11,6 millions d’habitants. Elle en gagnerait 1,1 million à l’horizon 2030, si les hypothèses du scénario tendanciel se confirmaient (Méthodologie). Le rythme de cette croissance, + 0,39 % par an en moyenne, est proche de celui observé depuis 1990 (+ 0,50 % entre 1990 et 2007) (FigureTableau). Il est plus rapide en début de période. Selon les hypothèses retenues en termes de fécondité, mortalité et migrations, la population de l’Ile-de-France serait comprise entre 11,3 et 13,6 millions d’habitants en 2030 
(Variantes démographiques).

 

Tableau - La croissance francilienne serait plus rapide en début de période

La croissance francilienne serait plus rapide en début de période
Evolution de la population francilienne à l'horizon 2030 (en %)
Période Taux d'évolution annuel moyen Dont dû :
au solde naturel au solde migratoire
Source : Insee, Omphale 2010
2007-2020 0,44 0,85 -0,41
2020-2030 0,33 0,76 -0,43
2007-2030 0,39 0,83 -0,44

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Une croissance limitée par les échanges avec la province

L’Ile-de-France a une dynamique démographique caractéristique des grandes métropoles : un fort excédent des naissances sur les décès, un déficit dans les échanges migratoires avec le reste de la France mais un excédent avec l’étranger. Ainsi, la croissance de la population entre 2007 et 2030 est essentiellement due au solde naturel (+ 100 000, en moyenne, par an) et, dans une moindre mesure, au solde migratoire avec l’étranger (+ 37 000, en moyenne, par an). Les échanges avec le reste de la France sont, quant à eux, en défaveur de la région (- 90 000, en moyenne, par an).

Le scénario tendanciel fait l’hypothèse de 37 000 arrivées nettes par an en provenance de l’étranger (Définitions).

Les arrivants en provenance de l’étranger contribuent à l’excédent naturel car ils sont encore plus jeunes que les arrivants de France (29,3 ans contre 31,7). Si les arrivées nettes de l’étranger ne s’élevaient qu’à 30 000 par an, le nombre supplémentaire de personnes à l’horizon 2030 dans la région serait inférieur de 200 000 personnes. Privée d’échanges avec l’étranger, la population francilienne serait en 2030 au même niveau qu’en 2007. L’excédent naturel ne suffirait plus à contrebalancer le déficit migratoire avec la province à partir de 2016.

La croissance de la population est limitée par les échanges migratoires avec le reste de la France. En 2030, on constaterait 7,4 départs nets pour mille habitants présents, contre 6,9 en 2007. Le déficit migratoire se creuserait nettement vis-àvis des régions limitrophes à cause d’une hausse des départs de Franciliens âgés.

Sans échanges migratoires avec le reste du pays, la population francilienne atteindrait 14,3 millions d’habitants en 2030. L’évolution annuelle moyenne serait alors de + 0,90 %, soit plus de deux fois celle du scénario tendanciel.

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Le nombre de Franciliens en âge de travailler reste constant

L’horizon 2030 correspond à l’arrivée aux âges élevés des premiers baby-boomers, et donc à un vieillissement de la population française. La population d’Ile-de-France est moins touchée par ce vieillissement que les autres régions. L’âge moyen de la population francilienne augmenterait de 36,7 à 39,3 ans. L’Ile-de-France resterait en 2030 la région métropolitaine ayant la plus faible part de personnes âgées de 60 ans ou plus. Cette part passerait de 17 à 23 %. Le nombre de Franciliens âgés de 20 à 59 ans resterait constant (FigureGraphique 1). Cependant, contrairement aux autres régions, l’Ile-de-France compterait toujours plus d’actifs potentiels (20-59 ans) que d’inactifs potentiels (moins de 20 ans et 60 ans ou plus).

 

Graphique 1 - Stagnation du nombre de personnes âgées de 20 à 59 ans à l'horizon 2030

Graphique 1 - Stagnation du nombre de personnes âgées de 20 à 59 ans à l'horizon 2030

Source : Insee, Omphale 2010

 

L’ensemble des échanges migratoires limite le vieillissement de la région. La moyenne d’âge des arrivants est inférieure à celle des stables, elle-même inférieure à celle des sortants. Un scénario de projection sans aucun échange migratoire avec la région conduirait à une population francilienne âgée de 41,3 ans en moyenne. Plus d’un Francilien sur quatre aurait alors 60 ans ou plus.

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14 % de résidences principales supplémentaires à l’horizon 2030 dans le scénario immobilier tendanciel

En parallèle du scénario de projection démographique, un scénario tendanciel d’évolution du nombre de logements a été mis en oeuvre. Il prolonge les tendances récentes en termes d’évolution du nombre de logements. Au 1er janvier 2007, 4,86 millions de logements sont occupés pour un parc total estimé à 5,34 millions d’unités. La différence de 480 000 logements tient aux logements inoccupés qui représentent 8,9 % du parc. Certains servent de résidence secondaire ou de pied-à-terre professionnel à des personnes qui résident habituellement dans un autre logement (2,8 %) mais la plupart sont simplement vacants au moment du recensement (6,1 %). Ils ne sont pas pour autant disponibles à l’habitation.

Le scénario immobilier tendanciel maintient à son niveau récent aussi bien la construction de logements neufs (39 000 par an entre 1999 et 2007) que le renouvellement du parc ancien. Celui-ci entraîne la disparition annuelle de 11 000 logements suite à des démolitions, des transformations par fusion ou scission de logements existants ou des changements d’usage durant cette même période. Enfin, il prolonge la tendance à la baisse de la proportion de logements inoccupés (7,5 % en 2030 contre 8,9 % aujourd’hui et 11,3 % en 1999).

Selon ces scénarios tendanciels démographique et immobilier, l’Ile-de-France offrirait donc 5,5 millions de résidences principales en 2030, soit 680 000 de plus qu’en 2007, pour loger 12,4 millions de Franciliens en ménages ordinaires. En outre, quelque 2 % de la population francilienne vivraient, comme en 2007, hors ménage ordinaire. Ces 265 000 personnes seraient logées dans des structures d’hébergement collectif comme des foyers d’étudiants, de jeunes travailleurs, des maisons de retraite, etc.

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Baisse fortement ralentie de la taille moyenne des ménages

Ces deux scénarios tendanciels, l’un sur le plan immobilier, l’autre sur le plan démographique, conduiraient à une baisse très modérée de la taille moyenne des ménages en Ile-de-France : de 2,33 à 2,24 personnes par ménage entre 2007 et 2030 (FigureGraphique 2).

 

Graphique 2 - Le scénario tendanciel conduit à un net ralentissement de la baisse de la taille moyenne des ménages en Ile-de-France

Graphique 2 - Le scénario tendanciel conduit à un net ralentissement de la baisse de la taille moyenne des ménages en Ile-de-France

Source : Insee, recensements de la population 1962 à 1999 et résultats des enquêtes annuelles de recensement de 2004 à 2010 ; [Jacquot, 2007] pour les simulations de la taille moyenne des ménages en France métropolitaine ; Groupe de travail IAU îdF, DR Insee Ile-de-France, Driea et Drihl pour les scénarios tendanciel et volontariste en Ile-de-France

 

La taille moyenne des ménages franciliens diminuerait deux fois plus lentement qu’en France métropolitaine. La proportion de Franciliens de moins de 60 ans qui vivent seuls progresserait peu, de 31 % à 34 % entre 2007 et 2030 (+ 3 points), alors que, tendanciellement, cette proportion passerait de 29 % à 38 % en France métropolitaine (+ 9 points). Elle serait alors plus élevée qu’en Ile-de-France.

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L’impact démographique d’un scénario volontariste de 70 000 logements neufs par an

Une autre hypothèse en termes de projections du nombre de logements consiste, non pas à reproduire les tendances passées mais à mesurer les effets démographiques d’une politique de logement plus volontariste.

Face à l’insuffisance de la construction neuve en Ile-de-France, la loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris a inscrit, dans son article 1, l’objectif ambitieux de construire 70 000 logements neufs par an en Ile-de-France. Cet objectif est associé à la création d’un réseau de transport public de voyageurs qui s’articule autour de contrats de développement territorial élaborés par les collectivités locales avec l’appui de l’Etat.

La production annuelle de 70 000 logements neufs en moyenne par an aurait tout d’abord un net impact sur les conditions de logement des Franciliens. Le fort ralentissement de la baisse de la taille moyenne des ménages serait enrayé, sous l’hypothèse que cette offre nouvelle réponde aux besoins et aux revenus des Franciliens freinés dans leur parcours résidentiel. L’évolution des modes de vie des Franciliens suivrait de nouveau la tendance nationale de sorte que la baisse de la taille moyenne des ménages serait plus prononcée : 2,16 personnes par ménage en 2030 (contre 2,24 dans le scénario tendanciel et 2,33 en 2007). Cette taille moyenne des ménages suppose une fécondité stable et une mortalité qui diminue au même rythme que dans l’ensemble de la France métropolitaine.

Par ailleurs, cette production accrue de logements neufs irait aussi de pair avec un renouvellement plus rapide du parc de logements ancien. Depuis 1982, le renouvellement représente en effet de l’ordre d’un quart de la construction neuve à l’échelle de la région. Il progresse en volume lorsque la construction s’accroît. Ainsi, on aboutirait à la disparition nette de 16 000 logements par an (au lieu de 11 000 dans le scénario tendanciel).

La proportion de logements inoccupés passerait de 8,9 % à 8,7 % entre 2008 et 2030. La tendance à la baisse de la proportion de résidences secondaires se poursuivrait mais la proportion de logements vacants remonterait sensiblement, sous l’effet d’une plus grande mobilité résidentielle.

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13,1 millions de Franciliens à l’horizon 2030 dans le scénario volontariste

Dans ce scénario volontariste, le parc total progresserait d’environ 1,2 million de logements entre 2007 et 2030 et le nombre de ménages d’environ 1,1 million. En appliquant à ces ménages la taille moyenne obtenue en supposant que les modes de cohabitation des Franciliens évoluent de nouveau comme en France, la population francilienne augmenterait de 1,5 million. Ainsi, en 2030, 13,1 millions de personnes habiteraient dans la région (contre 12,7 millions dans le scénario tendanciel). Le poids démographique de l’Ile-de-France gagnerait un demi-point à environ 19 % de la population de la France métropolitaine.

La fécondité et la mortalité évoluant comme dans le scénario tendanciel, cette croissance plus élevée de la population francilienne supposerait, sur le plan démographique, une réduction d’environ 30 % du déficit migratoire de l’Ile-de-France par rapport à celui du scénario tendanciel.

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